la compagnie tassel

 

 

vous connaissez cette expression datant du 12 ème siècle ???

 

La première fois que l'on voit apparaitre cette expression c'est dans" la Chronique des Ducs de Normandie"
par Benoît, tom. II, p. 3, que Hugues-le-Grand
répond à Bernard le Danois: ,,


Servi m'a d'estrange gastel ;
C'est la compaignie Tassel
Qu'il m'a faite, com à musart."

ceci se passait en 945.

L’Estoire des Ducs de Normandie (1175), commandée par le roi d’Angleterre Henri II, puise ses sources de chroniqueurs tels que Guillaume de Jumièges, Guillaume de Poitiers, Dudon de Saint-Quentin et Robert Wace

.

 

 

On parlait au XIII° siècle de la compagnie TASSEL, « association frauduleuse, compagnie de traîtres », dit Godefroy qui cite le Lay de l’épervier :

               

                        Vartilas, dit-il, ce sachiez

                                Que ce jeu ne m’est pas bel :

                                C’est la compagnie TASSEL

                                Que vos me fêtes, ben le voi.

 

L’expression se trouve aussi dans le Roman de Renart :

                          

                           C’est la compaingnie Tassel

                            Que vous me fêtes voirement.

 

Est-ce cela une « fausse compagnie », une compagnie de traîtres , que l’on rejoint en s’en allant ? Quant à l’alternative récente faire fausse compagnie, au lieu de « jouer », elle paraît construite d’après « faire faux bond » . Par contre la notion de « jeu », qui n’est « pas bel », semble être demeurée dans l’argotique « jouer les filles de l’air ».

 

 

 

 

Fausser compagnie

 

De là à ne plus vouloir du tout faire partie du groupe et, comme disait au  XV siècle, jouer à la fausse compagnie, il n’y a qu’un pas. «  Honoré Collin n’estoit point assuré qu’on leur jouast à la fausse compagnie » (Monstrelet). « On dit, fausse compagnie, ou jouer à la fausse compagnie, pour dire quitter un parti , trahir ceux avec qui on est associé », commente plus tard Furetière.

 

En effet, c’est l’idée de trahison que parait contenir le verbe fausser, comme on « fausse la monnaie : « ceulz qui corrompent ou falsent la monnaie «  (XIV°) ou bien sa foi : « Ce fut chose moult estrange à luy de ainsi faulser  sa foi et soy ainsi abaisser » ( XV°). Les deux notions sont juxtaposées dans cette phrase de Montaigne : « Nostre intelligence se conduisant par la seule voye de la parole, celuy qui la faulse trahit la société. »

 

 

 

Je pense que cette expression date du 12ème siècle ,le roman des ducs de Normandie à été écrit en 1175 et durant cette période les mercenaire brabants,ecossais sillonnaient la Normandie depuis 1137,depuis l'arrivée de Guillaume d'Ypres.

 

 

Guillaume d'Ypres

(vers 1090 - 24 janvier 1162, 1164 ou 1165, abbaye Saint-Pierre de Lo), burgrave d'Ypres puis gouverneur du Kent, fut un prétendant malheureux à la succession du comté de Flandre en 1119 puis en 1127-1128, et joua un rôle important en tant que capitaine de mercenaires pour le roi Étienne d'Angleterre durant la guerre civile pour la couronne d'Angleterre.

Il est le fils illégitime de Philippe d'Ypres et d'une concubine, et le petit-fils de Robert Ier († 1093), comte de Flandre[1]. Son père atteste quelques chartes sous le titre de comte d'Ypres[2]. Galbert de Bruges cite un passage d'une lettre de Louis VI de France disant de lui[2] : « illégitime, né d'un père noble et d'une mère roturière qui continua toute sa vie durant à carder la laine ». Vers 1119, il épouse une nièce de Clémence de Bourgogne, l'épouse de Robert II de Flandre[2]. Aucun n'enfant de lui n'est connu[2]. Il succède à son père avant 1118, mais n'hérite pas du titre comtal[2].

Banni de ses terres natales, Guillaume émigre probablement à la cour d'Angleterre peu après qu'Étienne d'Angleterre (1135-1154) se soit emparé du trône[2]. Il est probablement au service royal dès 1136, et en 1137 il est déjà un membre important de l'entourage du roi[2]. En 1137, il est envoyé par Étienne en Normandie à la tête de mercenaires flamands, pour contrer une campagne du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt[2]. Il acquiert une réputation d'homme violent et impitoyable, notamment à partir de cette campagne pendant laquelle ses troupes de mercenaires effraient l'aristocratie normande[1].

Ces mercenaires continuèrent de venir jusqu'a la prise de châteaux gaillard, et un célèbre mercenaire brabant Lambert Cadoc ou Kadoc, aida avec ses routiers ,Philippe auguste à la prise de châteaux Gaillard, et en remerciement lui donna les fiefs des seigneurs de Tosny(territoire immense Conches, Bolbec...), en  plus de sa seigneurie de Gaillon.

Cadoc est présent aussi dans la région de Pont-Audemer, la ville est prise par Philippe Auguste en juin 1204 et se voit accorder une charte communale. Le roi y installe le siège d’un bailliage tout spécialement pour un de ses hommes de mains, Lambert Cadoc, chef d’une bande de routiers, peu fréquentable, qui s’était mis au service du roi de France lors de l’annexion du duché de Normandie. Il pressura la ville et ses habitants, multipliant taxes et détournements. Les pontaudemériens allèrent se plaindre au roi qui releva Cadoc des ses fonctions et supprima, vers 1219/1220, le bailliage qui fut par la suite rattaché à celui de Rouen.

Ce qui est intéressant avec Guillaume d'ypres, c'est qu'en 1137 dans la région de livarot, ses troupes de mercenaires flamants, et normands se disputèrent et se dispersent dans la région.

Livarot se situe dans le vicomté d'Orbec, à mon avis l'origine du nom en Normandie, je vous rappel que le lieu Tassel se situe sur la commune de Jouveaux, faisant partie également de la vicomté d'Orbec...

Pour ma part je situerai l'arrivé du nom Tassel en Normandie en 1137,surement originaire de la région d'Ypres,Cassel en Flandres.

 

UN PEU D'HISTOIRE SUR CADOC

 

Avant l'an 1196, Philippe-Auguste s'empara du château de Gaillon, et en confia la défense a l'un des principaux chefs de ses troupes légères nommé Cadoc. Ce chef était d'origine galloise. Richard avait fort imprudemment employé ces indigènes de la Grande-Bretagne dans la guerre contre la France, sans tenir compte de leur haine invétérée contre tous les envahisseurs, normands ou saxons. Aussi, dès leur première rencontre avec les François, les archers gallois lâchèrent pied, trahison qui mit le bon roi Richard dans une si furieuse colère, que, dans un premier moment de vivacité, il saisit et jeta à bas des rochers qui surplombent les Andelys trois prisonniers qu'il avait sous la main. Les Gallois n'en firent pas meilleure contenance, et les seuls qui montrèrent du cœur furent ceux qui, comme Cadoc, passèrent à l'ennemi. Ceux-là se battirent aussi bien contre les An «lois qu'ils s'étoient mal battus pour eux.

Cadoc était le meilleur archer des deux armées, et défendit vaillamment Gaillon contre Richard lui-même. Guillaume le Breton, chapelain de Philippe-Auguste, qui regardait à distance respectueuse ces beaux faits d'armes, raconte dans sa Philippide qu'un jour le roi d'Angleterre étant venu caracoler sous les murs de Gaillon, fut blessé d'une flèche de Cadoc, le seul dont le bras fût assez vigoureux pour percer une colle d'armes de Milan, et faire couler le sang du vainqueur de Saladin.

Après la mort de Richard, Cadoc joua un rôle important au siège fameux du Château-Gaillard, et son nom revient fréquemment dans la Philippide. C'est ce poème historique qui nous apprend que Cadoc et ses routiers gallois coûtèrent au roi de France « mille livres par jour. » Ce fut Cadoc qui le premier arbora sa bannière sur les créneaux de la première enceinte fortifiée.

Après la réduction du Château-Gaillard, Cadoc demeura paisible possesseur du fort de Gaillon et de ses dépendances

UN PEU D 'HISTOIRE SUR LES TOSNY

Comme tout baron Normand, les Tosny ont des fiefs dispersés dans toute la Normandie et l'Angleterre. En 1077, le mariage entre Raoul II et Isabelle de Montfort permet aux Tosny de diriger la châtellenie de Nogent-le-Roi, jusqu'aux alentours de 1200. Les possessions de la famille dépassent donc la frontière du duché de Normandie[5]. Toutefois, on repère très bien que sur le continent, le cœur de leur patrimoine se situe autour de Conches-en-Ouche. Une partie des fiefs est inféodée à une petite clientèle de vassaux.
Selon l'état des fiefs de 1172, l'honneur[7] comptait 50 ou 51 fiefs de chevaliers. Les terres se trouvent essentiellement en Haute-Normandie, plus exactement entre Risle et Iton. La vaste forêt de Conches en forme le centre. Il faut ajouter des domaines dispersés en vallée d'Eure (Fontaine-sous-Jouy, Cailly-sur-Eure, Planches, Acquigny), en vallée de la Seine (Tosny, Villers-sur-le-Roule, Bernières-sur-Seine), en Vexin Normand (Vesly, Guerny, Villers-en-Vexin, Hacqueville, Heuqueville, Val de Pîtres), en Pays de Caux (région bolbec,goderville)et Talou autour de Blainville-Crevon, de Mortemer-sur-Eaulne, de Dieppe et de Yerville[8]. Beaucoup de ces terres sont inféodées à des vassaux, notamment les Clères.

Orderic Vital mentionne les quatre principaux châteaux de la baronnie en 1119 : Conches-en-Ouche, Tosny, Portes, Acquigny.

Ce qu'il y a de très intéressant avec les fiefs des Tosny, c'est qu'il retrace géographiquement l'implantation du nom Tassel en haute Normandie.

Pour revenir à" la compagnie Tassel", on retrouve par rapport au texte de l'époque Tristan et Yseut (1175),le roman de renard(1170),chroniques des ducs de Normandie(1175),le mot dans les trois textes, ce qui voudrait dire que cette compagnie est antérieur à cette date, donc cela correspondrait bien avec l'arrivée des mercenaires de guillaume d'Ypres en 1137 en Normandie.D'autant plus que ces mercenaires ont été recruté non loin de la région de l'ile du Texel. Je pense aussi que parmi ces routiers l'on pouvait trouver  des écossais,car il y a beaucoup de concordance entre le mot et le nom Tassel qui sont en lien avec l'écosse(voir menu écosse).

 

Comment ce sont formées les "grandes compagnies"???

 

Au Moyen âge, comme à toutes les époques troublées de l'histoire, le brigandage présente une recrudescence effrayante. Ce ne sont pas seulement les serfs révoltés contre leurs seigneurs, les paysans réduits à la misère par la famine ou la guerre, les soudards licenciés après la fin des hostilités, qui se réunissent en bandes pour vivre de rapine et de pillage, ce sont aussi les barons et les seigneurs qui, à la tête de leurs troupes, descendent de leurs châteaux pour détrousser les marchands passant dans la plaine. Que nous promenions nos regards sur l'Allemagne, sur la France, sur l'Angleterre, le spectacle est partout le même. Les confédérations des cités allemandes durent surtout leur origine à la nécessité de tenir les routes et les rivières libres pour le passage des personnes et des marchandises malgré les nobles qui infestaient les grands chemins. Encore fallait-il que ceux qui étaient chargés de la sécurité et du maintient de l'ordre jouent leur rôle. En France, à l'époque de la captivité du roi Jean, une brigade de surveillance fut instituée pour le maintien de I'ordre dans Paris; mais elle exploita la force dont elle disposait pour le pillage et la rapine; aussi le peuple créa-t-il pour désigner ces soldats le sobriquet de brigands, du nom d'une cette d'armes, appelée brigandine, qu'ils portaient.
Dans les villes, les hors-la-loi médiévaux pouvaient se rasembler dans d'étonnantes organisations, hautement structurées. Ainsi, à Paris, Les matois (fileus), les malingreux (fausses plaies), les callots (teigneux), les sabouleux (faux épileptiques), les piètres (faux estropiés), le hubins (faux enragés), les coquillards (faux pèlerins), les rifodés (faux incendiés), les courtauds de boutanche (faux ouvriers se disant sans travail), les drilles, narquois, gens de petite flambe, tous les ribauds et toutes les ribaudes, toutes les classes de voleurs, d'assassins, de mendiants et de vagabonds, formaient une association dirigée par le grand Coësre, ou roi des Truands, et qui constituait le royaume d'Argot et qui parlait la langue verte.

Les termes de brigandage (criminalité plutôt rurale) et de truanderie (plutôt citadine) s'appliquent à la criminalité ordinaire. Mais, parallèlement, se développe aussi le banditisme. Les bandes étaient, dans le principe, une petite troupe de soldats d'aventure réunis et marchant sous une bannière. Elles apparaissent sous les premiers Capétiens.

« Les grands feudataires, dit Boutaric, dans ses Institutions militaires de la France avant les armées permanentes, entretenaient des bandes soldées, composées de gens à pied et à cheval, connues sous le nom de coteraux, brabançons ou routiers, bandits d'une cruauté implacable. »
A partir du règne de Philippe-Auguste, ces mercenaires sont fréquemment employés au service des rois de France et deviennent, dans l'intervalle des guerres, le fléau du paysan qu'ils pillent et accablent des plus cruelles exactions. Le phénomène prend un telle ampleur que quand Philippe-Auguste part pour la Terre-Sainte (Croisades), il décide que les soldats convaincus de brigandage recevront sur la tête une libation de poix bouillante, qu'ils seront couverts de plumes et abandonnés en cet état sur le premier rivage venu. Rien n'y fera. La chronique de Saint-Denis les déclare : « pillards, voleurs, larrons infâmes, dissolus, excommuniez » et, pendant cinq siècles, ils sont un objet de terreur et d'exécration sous les noms significatifs d'aventuriers, ribauds, francs-taupins, mauvais garçons, écorcheurs, fendeurs, mille-diables, etc. La guerre de Cent ans vit les tard-venus, les malandrins ravager les campagnes. Pour s'y retrouver, voici quelques éléments de vocabulaire :
Les Brabançons. En 1135, Guillaume d'Ypres amena à Étienne de Blois des bandes de mercenaires recrutés en Brabant, qui l'aidèrent dans ses entreprises en Angleterre. Répandus quelques années plus tard sur le continent, ravageant et dévastant les pays où ils passaient, se mettant à la solde de qui voulait les payer, ces aventuriers donnèrent au nom de Brabançons une renommée sinistre. Longtemps le peuple donna le nom de brabançons, quelle que fait du reste leur origine, aux brigands armés qui vivaient de pillage et de rapines.
Les Malandrins. D'après Du Cange, le mot malandrin (malandrinus, maladrinus) signifie voleur, brigand, pirate). Il en faut rapprocher le mot malandre, qui voulait dire, entre autres sens, lèpre, ulcère, et, généralement, maux. Il paraît qu'à l'époque des croisades on appelait malandrins les voleurs arabes ou égyptiens. Ce nom fut ensuite donné, en France, aux routiers qui, depuis le XIIe siècle, jusqu'à la fin de la guerre de Cent ans, y exercèrent trop souvent leurs brigandages. Tels furent les Cotereaux, les Tard-Venus, les Ecorcheurs, les aventuriers de tous les pays, qui formèrent les Grandes compagnies. Le nom de malandrins se trouve dans le récit que Froissart consacre à l'expédition de J. de Vienne en Écosse (1385).
 

Les Grandes compagnies

Les compagnies étaient des troupes d'aventuriers, soldées par les princes en temps de guerre, et vivant de pillage et de rançons en temps de paix ou de trêve. Au Moyen âge, elles apparurent dès que les suzerains, ne trouvant plus les ressources humaines suffisantes dans leurs contingents féodaux, commencèrent à payer des bandes de soudoyers, formées par le hasard, la misère, l'habitude des guerres privées ou le goût des aventures.

Les premières bandes de ce genre, en France, sont signalées par Suger à l'époque de la croisade de Louis VII, au milieu du XIIe siècle. Ce sont des Aragonais, Basques, Navarrais, Mainades, Triavordins, Paillards, Brabançons, Cotereaux et Routiers. L'empereur Frédéric Barberousse, Henri II et Richard Coeur de Lion, roi d'Angleterre, en prirent à leur solde. En vain, l'Eglise lança contre ces routiers ses plus redoutables anathèmes (Concile de Latran, 1179). Plus efficace fut la résistance spontanée des paysans du centre et du midi du royaume : ainsi se forma, grâce à l'initiative d'un obscur artisan d'Auvergne, durant, la puissante association des confrères de la Paix de Marie (Capuciati, Pacifici, etc.). Ses succès furent considérables; à Dun-le-Roi, douze mille routiers restèrent sur le champ de bataille. La confrérie avant succombé sous les coups des seigneurs, les compagnies pillardes reparurent; elles se mirent au service des rois d'Angleterre et de France, Richard Coeur de Lion et Philippe-Auguste; leurs chefs étaient, du coté français, Cadoc, seigneur de Gaillon; du côté anglais, Algaïs, Louvart, Mercadier. Mercadier surtout fut le compagnon inséparable du roi Richard dans les guerres d'Aquitaine (1183-1199) et le confident de ses dernières heures. Les routiers prirent encore part, au XIIIe siècle, aux guerres des Albigeois dans les armées de Simon de Montfort et de Raymond de Toulouse.

Les grandes guerres du XIVe siècle virent reparâtre les bandes errantes : ce fut surtout pendant la longue lutte de la France contre l'Angleterre, dite guerre de Cent ans. A la faveur des invasions anglaises, des soudoyers au compte d'Edouard III occupèrent un grand nombre de lieux fortifiés du plat pays de France. De plus, le 1er août 1359, le roi de Navarre, Charles le Mauvais, s'allia au roi d'Angleterre contre Jean II; des bandes navarraises se joignirent désormais aux bandes anglaises. Lorsque la paix fut faite à Brétigny et à Calais (1360), toutes les compagnies se trouvèrent livrées à elles-mêmes; n'étant plus soldées, elles restèrent établies dans les châteaux qu'elles occupaient, malgré les stipulations du traité (Traité de Calais, articles 27 et 28), continuant à faire des prisonniers et à ravager les campagnes.

S. Luce (Hist. de Bertrand Du Guesclin, ch. x) a décrit l'existence ordinaire de ces compagnies du XIVe siècle. Elles étaient composées des éléments les plus variés, gens d'origine et de nationalité différentes, ignorants et grossiers, cruels envers les prisonniers qui ne pouvaient payer rançon, aimant le luxe, les habits grotesques, les pays plantureux; leurs plaisirs étaient les repas copieux, le viol et la lutte. La compagnie faisait un tout complet avec ses équipages, ses ouvriers, clercs, médecins, cuisiniers, brocanteurs. Lorsque les chefs étaient fatigués de leur vie incertaine et vagabonde, ils entraient au service du roi de France, comme l'archiprêtre Arnaud de Cervole. Parmi les chefs les plus fameux, on peut citer les Anglais Robert Knolles, Jean Jouël, Jean Hakwood, le Wallon Eustache d'Auberchicourt, etc. Les pays où ils séjournaient de préférence étaient les pays riches où les pâturages étaient beaux et le vin abondant : Normandie, Ile-de-France, Bourgogne, Bas-Languedoc, etc. Froissart a laissé sur les principaux chefs des récits pleins de pittoresque, dont le plus connu est celui de la vie de Mérigot Marchès.

Ces compagnies restèrent presque toutes dans le royaume tant que dura la paix (1360-1369). En Normandie, les bandes installées dans les abbayes fortifiées et les châteaux furent vivement attaquées et poursuivies par Bertrand du Guesclin, qui finira par en venir à bout, au moins pour quelque temps. Avant qu'il n'y parvienne, cependant, en Bourgogne et en Lyonnais, plusieurs compagnies se réunirent sous le nom de Grande-Compagnie de Tard-Venus

Les Tard-Venus.
On appelle ainsi des gens de guerre licenciés après le traité de Brétigny (8 mai 1360), qui désolèrent une grande partie de la France. Ces soudards, tant Français qu'étrangers, Bretons, Gascons, Anglais, Allemands, Brabançons, Navarrais, etc., ne pouvant plus vivre de leur métier pendant la paix, se répandirent dans la plupart des provinces, portant de tous côtés le pillage, la dévastation et le meurtre. Ceux qui ravagèrent la Champagne, la Bourgogne et le Lyonnais furent nommés les Tard-Venus, c.-à-d. venus après d'autres. 

Ils formèrent la plus connue des Grandes Compagnies, composée de plusieurs bandes, dont l'effectif s'éleva jusqu'à 15 000 hommes. Sous la conduite de Séguin de Badefol, seigneur gascon, et de Petit Meschin, aventurier de basse naissance, ils prirent Joinville (25 décembre 1360), envahirent la Bourgogne, le Forez, le Lyonnais, s'emparèrent du Pont-Saint-Esprit, menacèrent le pape à Avignon et parcoururent encore tout le pays de Lyon à Tarascon et de Tarascon à Perpignan. Dans le Languedoc. Ils s'emparèrent aussi des châteaux de Rive-de-Gier et de Brignais, d'où ils menacèrent Lyon (1362). 

Le comte de Tancarville, lieutenant général du roi dans les pays de Champagne, Bourgogne et Forez, Jacques de Bourbon, comte de La Marche  et son fils, Pierre de Bourbon, réunirent un grand nombre de seigneurs et s'avancèrent jusqu'à Brignais, à 10 kilomètres au Sud de Lyon, où ils rencontrèrent les Tard-Venus, qui leur infligèrent une sanglante défaite (6 avril 1362). Beaucoup de seigneurs, notamment le comte de Forez, furent tués; Jacques et Pierre de Bourbon, moururent, quelques jours après, de leurs blessures; le comte de Tancarville, le fameux Arnaud de Cervole, dit l'Archiprêtre, etc., furent pris dans cette désastreuse journée. Les Tard-Venus étendirent ensuite leurs déprédations jusque dans la Franche-Comté et l'Auvergne, où Séguin de Badefol s'empara de Brioude (septembre 1363). L'année suivante on le retrouve dans le Lyonnais, où il prit encore Anse (entre Lyon et Villefranche), le 1er novembre 1364, qu'il rendit en 1365, après un arrangement obtenu par Urbain V, moyennant 40 000 florins et l'absolution. 

C'est de cette époque que datent aussi les premières tentatives pour détourner les Compagnies vers d'autres pays. Déjà en 1361, le marquis de Montferrat avait ainsi voulu en appeler quelques-unes en Italie; ce furent les mêmes qui, en Provence, reconnurent pour roi de France le Siennois Giannino Gucci, prétendu fils de Louis X (Jean Ier). et, en 1362, le maréchal d'Audreliem signa un traité à Glermont avec don Enrique de Transtamare, bâtard d'Alonzo VI et prétendant au trône de Castille, qui devait emmener en Espagne les routiers du Bas-Languedoc. Urbain V espéra vainement encore, en 1362, en faire partir une partie pour la croisade. En 1363, le pape et Charles V tentèrent, toujours sans succès, d'expédier les compagnies au roi de Hongrie pour faire la guerre aux Turcs

Bertrand du Guesclin fut plus heureux : avec l'aide et l'argent du roi, il réunit à Châlons des compagnies de Normandie, Champagne, Bourgogne, et se mit à leur tête; à Avignon, il força le pape à donner de l'argent et à lever l'excommunication prononcée contre les routiers dès le 27 mai 1364. Puis cette armée passa les Pyrénées et vint en Castille combattre don Pedro le Cruel et installer à sa place don Enrique. Licenciées après la fuite de don Pedro, les compagnies étaient retournées au Nord des Pyrénées, et recommençaient leurs pillages jusqu'à la Loire, quand elles furent réunies de nouveau, mais cette fois par le prince de Galles qui, parti de Bordeaux, allait rétablir don Pedro sur le trône de Castille. Don Enrique et du Guesclin furent battus par leurs soldats de l'année précédente à Navarette (3 avril 1367). Une troisième expédition fut faite en 1368 : Du Guesclin y conduisit encore des routiers du Languedoc et d'Auvergne; elle aboutit, en août, à la bataille de Montiel qui restaura définitivement le pouvoir de don Enrique. Ces allées et venues, tout en soulageant le royaume, ne suffirent pas à le délivrer. Mais, dès l'année suivante (1369), la guerre étant rouverte entre la France et l'Angleterre, les compagnies trouvèrent à qui offrir leurs services.

Des faits analogues se produisirent lorsque, pendant les trêves qui occupèrent la première partie du règne de Charles VI, un grand nombre d'hommes d'armes demeurèrent sans ressources sur le plat pays. Durrieu (Les Gascons en Italie) a raconté avec vivacité les efforts faits par des chefs gascons, Jean III et Bernard d'Armagnac, Bernard de la Salle, pour entraîner les nouvelles bandes en Italie et les utiliser dans les guerres perpétuelles que se faisaient les papes, les Visconti Milan, les républiques de Sienne et de Florence ou les prétendants au royaume de Naples, à la fin du XVe siècle.

La Compagnie blanche.
La Compagnie blanche, commandée par le célèbre John Hawkwood, dit Jean Acuto, pendant une trentaine d'années au XVe siècle était autre ce ces Compagnies. Il s'agissait une bande d'aventuriers anglais qui servit tour à tour le pape, les princes et les républiques d'Italie. La paix de Brétigny, jurée à Paris le 10 mai, par le régent, au nom du roi de France, et le 10 mai 1359 par le prince de Galles, au nom du roi d'Angleterre, avait laissé sans engagement un grand nombre de compagnies anglaises, qui, mécontentes de la paix, continuaient de parcourir le pays et de rançonner les paysans et les bourgs. Le marquis de Montferrat, ayant été abandonné par la Grande-Compagnie que commandait Anéchino de Bargardo, alors qu'il soutenait la guerre que lui faisait Galéas Visconti, et ne sachant à qui s'adresser en Italie, fit marché avec l'une des bandes anglaises qui dévastaient la France. Cette compagnie, connue de l'autre côté des Alpes sous le nom de Compagnie blanche anglaise, était alors commandée par Albert Sterz. Philippe Villani, un historien contemporain, parle ainsi des aventuriers qui composaient la Compagnie blanche :

« Ardents et cupides, familiarisés au meurtre et à la rapine, ils étaient prompts à saisir le fer, car ils se souciaient peu de leurs personnes; mais, quand il s'agissait de combattre, ils s'empressaient d'obéir à leurs chefs, bien que dans les campements, à cause de leur audace imprudente, ils se dispersassent sans ordre, de manière à recevoir facilement de gens courageux dommage et honte. 

Leur armure se composait d'une cuirasse, de brassards, de cuissards, de jambières, de dagues et d'épées solides, d'une lance, armes dont ils se servaient volontiers, même à pied, et chacun d'eux avait un ou deux pages, selon ses ressources. Aussitôt qu'ils avaient déposé leurs armes, les pages s'occupaient de les polir, de telle sorte que, au moment de la lutte, elles brillaient comme des miroirs, ce qui donnait aux guerriers un aspect plus redoutable. D'autres étaient archers, avec des arcs d'ifs et longs; toujours prêts à obéir; ils maniaient cette arme avec une grande habileté. 

En général, ils combattaient à pied et donnaient aux pages leurs chevaux à garder; ils se formaient en files presque rondes, et tenaient la lance par le milieu, comme on le fait avec les pieux pour attendre le sanglier. Ainsi disposés et serrés, ils s'avançaient à pas lents, lances basses, contre l'ennemi en poussant des cris terribles, et il était difficile de pouvoir les rompre. Comme l'expérience le démontre, ils étaient plus propres à chevaucher de nuit et à piller qu'à tenir la campagne, plus heureux par la lâcheté des Italiens que par leur courage. Ils avaient des échelles composées de plusieurs morceaux, dont le plus grand était de trois échelons, et tous s'adaptaient l'un à l'autre à la façon d'une pompe, de manière qu'ils seraient montés sur la plus haute tour. »

Telle était la bande anglaise dont Acuto devint le chef quand Bogardo, qui s'était unie à elle, s'entendit avec Sterz pour former une autre compagnie sous le nom de Compagnie de l'Etoile. Sous la direction d'Acuto, la Compagnie blanche, qui avait déjà détruit cinquante-trois forteresses, devint une bande de furieux, pillant et saccageant les villes ennemies et souvent aussi les villes alliées, violant les femmes et égorgeant jusqu'aux enfants qu'ils embrochaient avec leurs lances et qu'ils portaient ainsi au milieu des cités terrifiées. Comme les autres chefs de bandes, Acuto vendait ses services au plus offrant et trahissait celui qui le payait quand un autre venait lui proposer une somme plus forte. 

En 1363, on le trouve secondant Barnabas Visconti et se faisant accorder la main de Donnina Visconti. La Compagnie blanche comprenait alors cinq cents cavaliers et deux mille fantassins. A leur tête, Acuto, que Barnabas Visconti avait envoyé au secours de Pise que les Florentins bloquaient, dévasta la campagne, s'avança jusque sous les murs de la ville ennemie et fit pendre devant ses portes trois ânes avec les noms de trois magistrats florentins. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à s'emparer de la ville, et fut même obligé de s'enfuir. De retour à Pise, ne pouvant obtenir des magistrats pisans la dernière solde due à ses compagnons, il fit promettre à Jean Agnello de leur compter le montant de l'arriéré et le fit proclamer doge.

La paix signée, Acuto ne tarda pas à se brouiller avec les Visconti qui avaient plusieurs fois tenté de le faire assassiner. En 1371, trouvant l'occasion de se venger d'eux et de piller encore, il s'engage dans la ligue du pape Grégoire Xl contre les Visconti et les bat sur le Penaro (5 janvier 1372) et à Chiesi (8 mai 1372); puis, poussé par le pape, il dévaste la Toscane, pillant tout sur son passage. Trahissant la cause du pape, il vend aux Florentins 130 000 florins son inaction et refuse de marcher contre eux; ne pouvant lui offrir une pareille somme pour l'amener à rentrer en Toscane, Grégoire XI lui confie la pacification de la Romane qui vient presque tout entière de se déclarer contre lui. Acuto donne à sa compagnie le nom de Sainte et dévaste la Romagne sous couleur de religion. En 1376, l'évêque d'Ostie l'appelle à son secours et le charge de résister à Manfred, mais en lui déclarant ne pouvoir le payer par avance; Acuto se fâche, fait arrêter trois cents des principaux citoyens de Faenza, en bannit onze mille autres, et abandonne les femmes et la ville aux soldats.

Ces excès commis, Jean Acuto vendit la ville au duc d'Este, moyennant 40 000 florins, puis la lui reprit pour la donner à Manfred qui, moyennant la possession de Faenza, Bagnocavallo et Castrocaro, s'engageait à servir le pape. Mais le pape rêvait d'écraser Florence. Il lance de nouveau la Compagnie blanche en Toscane et donne à Acuto deux compagnons dignes de lui, le légat Robert de Genève et le Breton Malestroit. De nouveau les villes sont mises à feu et à sang; on égorge les habitants de dix cités et le viol est commis sur les places, à la vue des soldats ivres et fous, puis les victimes sont pendues. Césène devint la proie des flammes et les femmes, nues, souillées, mourant de faim, sont exposées à la fureur des aventuriers. Acuto, pris de pitié, parlait de faire cesser le massacre, mais le légat, refusant, s'écriait :

« Du sang, je veux du sang! égorgez tout le monde sans épargner personne! »
Les troubles de Naples lui offrirent un nouveau champ à exploiter. C'est, dit-on, par les conseils d'Acuto que Charles III laissa se fondre d'elle-même, par la famine, l'armée du compétiteur que le pape lui avant suscité. En 1382, nous trouvons Jean Acuto servant, conjointement avec Antoine de la Scala, la république de Venise, et portant la désolation jusqu'aux portes de Vérone et de Vicence. En 1387, nous retrouvons la Compagnie blanche et son chef aidant François Ier de Carrare, seigneur de Padoue, contre son ancien compagnon Antoine de la Scala et contre les Vénitiens dont il avait abandonné la cause. En 1390, dans la guerre de Florence et de Bologne contre Visconti, Acuto eut à combattre un autre condottiere célèbre, Jacques del Verme, à la solde des Visconti. Il s'avança jusqu'à Brescia et à quatre milles de Milan, et se proposait d'attaquer cette ville, lorsque la défaite de son auxiliaire, le duc d'Armagnac (25 juillet 1391), l'obligea de se retirer dans la plaine véronaise. Comme il avait établi son camp sur le sommet d'une colline, Jacques de Vérone ouvrit les digues de l'Adige et transforma la colline en une île, puis il lui envoya par raillerie un renard enfermé dans une cage. 
« Le renard trouvera bien le moyen de sortir du piège », répondit Acuto.

En effet, il découvrit un gué, marcha dans l'eau un jour entier et réussit à mettre son armée, alors forte de 6000 hommes, en sûreté. Florence lui payait alors 2000 florins par an, l'exemptait d'impôts lui et son fils, donnait de riches dots à ses trois filles et assignait un douaire à sa femme. A sa mort, qui survint en 1394, on lui fit des obsèques de prince, un mausolée lui fut érigé à Sainte-Marie des Fleurs et le roi d'Angleterre réclama ses cendres. Le portrait d'Hawkwood a été peint par Paolo Uccello, sur une des parois intérieures de la cathédrale de Florence (Sainte-Marie des Fleurs). 

Les Ecorcheurs.
Au siècle suivant, les ravages des compagnies recommencèrent en France, grâce à la reprise active de la guerre anglaise et à la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne. Dès 1411 et 1412, le Nord et le Centre sont parcourus par des bandes armées, d'origine diverse, la plupart étrangères. Dans le Midi, en Languedoc, en Gévaudan, Auvergne, Velay, les routiers n'avaient jamais disparu; les guerres privées, plus fréquentes dans cette partie du royaume, contribuaient à les y maintenir. Sous Charles VII, au temps de l'occupation anglaise et de Jeanne d'Arc, les compagnies devinrent plus fortes que jamais; on y comptait des Anglais, des Français, beaucoup d'Espagnols et d'Allemands. Parmi les chefs espagnols, le plus célèbre fut Rodrigue de Villandrando, de Castille, dont Jules Quicherat a raconté les courses des bords du Rhône à ceux de la Garonne, et de l'Ebre à la Marne. A côté de lui, il faut citer des capitaines du roi comme Saintrailles et La Hire, le bâtard de Bourbon, Antoine de Chabannes, Jean de Salazar, Floquet, Forte-Espice, Tempeste, etc. Les plus terribles furent à l'Est du royaume, en Champagne, Lorraine et Bourgogne, les Ecorcheurs, dont les cruautés furent inouïes. 

Ces gens de guerre exercèrent dans toute la France un véritable brigandage. On pourrait sans doute donner ce nom aux bandes de mercenaires, grandes compagnies, armagnacs, routiers, qui, pendant toute la guerre de Cent ans, commirent partout les plus horribles ravages; mais il s'applique particulièrement aux aventuriers qui, de 1435 à 1445, se signalèrent par une recrudescence de déprédations et de férocité.

Après le traité d'Arras (20 septembre 1435), quand il fallut évacuer les places rendues au duc de Bourgogne, les garnisons de la Champagne licenciées par le connétable de Richemont formèrent des bandes qui s'associèrent bientôt avec d'autres pour le pillage et le butin. Le pillage, la dévastation, l'incendie, le viol, le meurtre marquaient partout le passage des écorcheurs. Après eux venaient encore les retondeurs, ainsi nommés parce que 

« ils retondoient tout ce que les premiers croient failly de happer » (O. de La Marche).
Ni les ordonnances royales, ni la sévérité, pourtant si redoutée, du connétable, ne purent même atténuer le mal. La résistance des écorcheurs fut, avec celle de la féodalité, le principal obstacle aux réformes militaires si ardemment réclamées par les Etats généraux de 1439, et la principale cause de la Praguerie (1440). Quand la trêve de Tours (20 mai 1444) suspendit les hostilités entre la France et l'Angleterre, le péril devint encore plus menaçant.

Lorsque Charles VII eut reconquis la plus grande partie de son royaume et son gouvernement recouvré sa force et sa régularité, d'efficaces mesures furent prises pour délivrer la France des compagnies. Le dauphin, le roi lui-même, en emmenèrent une partie, l'un en Suisse, combattre les cantons au profit de l'empereur Frédéric Ill, l'autre tenter de soumettre Metz révolté contre René d'Anjou. Ce qui fut le plus utile, ce furent les ordonnances et lettres contre le brigandage ou pour le paiement régulier de la solde, des 5 avril, 19 septembre, 22 décembre 1438, surtout la Pragmatique sanction du 2 novembre 1439, sur l'organisation des troupes royales. L'exécution fut immédiate et énergique en Lorraine, dans le centre, en Anjou, en Bretagne, aux environs de Paris, etc. Enfin une ordonnance, publiée à Nancy au commencement de 1445, acheva cette oeuvre réparatrice : la meilleure partie des compagnies qui restaient forma le premier élément des compagnies ordonnances; le reste fut congédié et mis hors du royaume. On était désormais proche de la fin des bandes des routiers. Cependant,  en France, l'entreprise de leur intégration aux armées régulières occupera encore toute la Renaisssance.

L'enrégimentation des bandes.
En 1480, Louis XI réunit les bandes à son service au camp de Pont-de-l'Arche, les fait exercer et discipliner par des Suisses et les envoie garder ses provinces nouvellement acquises, l'Artois et la Picardie. C'est là l'origine des bandes de Picardie qui doivent former plus tard le régiment de ce nom, le plus ancien de l'infanterie française. Nous voyons ensuite d'autres bandes guerroyer à la solde des Fraçais en Italie. Louis XII, dans une ordonnance du 15 janvier 1508 « pour la conduite des gens de pied en l'armée de delà les monts », prescrit de n'admettre sous les enseignes de l'armée d'Italie que « gens de bien et bons compagnons de guerre », et, peu de temps après, les bandes de Piémont peuvent être comparées aux bandes de Picardie. L'armée de Marignan contient huit bandes ou enseignes formant ensemble 4000 hommes. En 1521, François ler, dit Martin du Bellay dans ses Mémoires, partage son royaume en quatre gouvernements et les bandes françaises forment quatre groupes principaux bandes de Picardie, Champagne, Guyenne et Piémont. Ces troupes, levées avec une certaine régularité, présentent une discipline satisfaisante, mais à côté d'elles on voit se former, en temps de guerre, d'autres bandes irrégulières qui renouvellent volontiers les exploits des routiers et des malandrins du Moyen âge.

Brantôme a laissé du type de ces aventuriers un portrait bien connu, mais trop curieux et trop pittoresque pour que nous l'omettions ici. 

« Habillez plus à la pandarde vraiment, comme l'on disait de ce temps, qu'à la propreté; portants des chemises à longues et grandes manches, comme Bohêmes de jadis et Mores, qui leur duraient vestues plus de deux ou trois mois sans changer [...]. Montrants leurs poictrines velues et pelues et toutes descouvertes, les chausses plus bigarrées, dechicquetées et balafrées, usant de ces mots; et la pluspart montroient la chair de la cuisse, voire des fesses [...]. C'estoient, la pluspart, gens de sac et de corde, méchants garnements, échappez à la justice, et surtout force marquez de la fleur de lys sur l'espaule, essorillez et qui cachoient les oreilles, à dire vray, par longs cheveux hérissez, barbes horribles, tant pour ceste raison que pour se montrer effroyables à leurs ennemis.-»
Pour arrêter les exactions de ces dangereux auxiliaires, François ler, dans un édit, en 1523, prononce la peine de mort contre quiconque lèvera des gens de guerre sans la permission du roi et livre à la merci de qui pourra les prendre : 
« ces aventuriers, gens vagabonds, oiseux, perdus, meschants, flagitieux, abandonnez à tous vices, larrons, meurtriers, faits pour nuire à chascun, lesquels sont coustumiers de manger et dévorer le peuple, battre, chasser et mettre le bonhomme hors de sa maison.-»
Deux autres ordonnances sont rendues en 1527 et 1543 pour le même objet. Ces mesures sévères atteignent leur but, et Brantôme peut dire « qu'il s'est vu sortir de très bons soldats de ces goujats ». Le nom de vieilles bandes fut revendiqué par les bandes de Picardie et de Piémont, dès l'année 1535, comme un honneur. A Cerisoles, en 1544, ce sont les vieilles bandes de Piémont qui, se portant à une charge vigoureuse sous leur colonel M. de Taix, décident de la victoire. Deux ans plus tard, le 5 mai 1542, Charles de Cossé-Brissac avait été placé à la tête de celles de ces vieilles bandes envoyées pour combattre en Roussillon. En 1549, devant Boulogne, le connétable de Montmorency a sous ses ordres 32 vieilles bandes de Picardie et de Piémont et 40 nouvelles bandes. L'effectif des bandes était éminemment variable suivant la renommée du chef, les chances heureuses que l'on supposait à la campagne entreprise, etc. Voici, d'après le général Susane, quelle était la formation tactique de la bande : 
« Un carré plein, les piquiers au centre, les arquebusiers à l'extérieur, le capitaine en avant, le lieutenant en serre-file et l'enseigne au premier rang des piquiers. Quand le combat s'engageait, les piquiers s'arrêtaient et les arquebusiers, dirigés par le lieutenant, s'éparpillaient en tirailleurs. Si l'action devenait sérieuse, les arquebusiers se retiraient derrière les piquiers, et ceux-ci soutenaient l'attaque en croisant le fer de leurs piques ou s'élançant à la charge sans rompre leurs ordonances. » 
Les bandes marchaient au son du fifre et, à partir de 1534, à celui du tambour. Elles possédaient comme cadre : un capitaine, un lieutenant, un enseigne, deux sergents, un caporal ou cap d'escouade par 25 hommes, douze lances-pessades et quatre paiesroyales. On appelait de ces derniers noms des gentilshommes sans fortune qui ne pouvaient se fournir de ce qu'il fallait pour combattre à cheval. Ils servaient alors dans l'infanterie où ils jouissaient de certains privilèges. Bien qu'il soit question encore des bandes dans les ordonnances de 1578 et de 1598, leur existence se termine virtuellement à la fin du règne de Henri II, lorsqu'apparaissent les premiers régiments.

Prolongements. 
Si nous voulions achever l'histoire de tous ces auxiliaires embrigadés par le fanatisme politique ou religieux, qui exerçaient le pillage au son des Te Deum ou des chansons populaires, les francs-museaux, les lipans,  les fressuriers, les faucheurs, il faudrait poursuivre jusqu'au XIXe siècle, en France, et même jusqu'à nos jours dans de très nombreux pays (voyez votre quotidien habituel). Chemin faisant, nous rencontrerions plus d'une fois les bandits de grand-route, et sans doute serions nous tenté par un détour par cette Cour des miracles, décrite par Victor Hugo, qui y a placé l'une des scènes les plus dramatiques de Notre-Dame de Paris. Celle-ci était au XVIe siècle l'asile d'un grand nombre de malfaiteurs; une de leurs bandes les plus redoutées était celle des frères de la Samaritaine, du nom de ce monument à carillon, situé sur le Pont-Neuf, qui était leur rendez-vous habituel. Leur chef, nommé Forestier, malgré de nombreux crimes, avait toujours réussi à se soustraire à la justice, quand il fut attaqué dans une auberge par le chien d'une fermière qu'il avait assassinée; il fut reconnu et rompu vif. 

A la même époque des déserteurs et des soldats congédiés formaient l'association des rougets et des grisons. Sous les ordres du sieur de la Chenaye ils furent Ion temps la terreur des environs de Paris, et notamment de la forêt d'Orléans. Plus célèbres encore étaient à ce moment les trais frères Guilleri. Issus de bonne famille, après avoir servi au temps de la Ligue, sous le duc de Mercœur, ils recrutèrent une troupe de voleurs avec laquelle ils parcoururent le Lyonnais, la Guyenne et la Saintonge, le Maine, l'Anjou, etc. Leur quartier général était un château qu'ils avaient bâti eux-mêmes à quelque distance de Nantes, dans la forêt de Machecoul. Le prévôt de Rouen avant tenté de donner assaut, sept archers furent pris et pendus; le prévôt de Nantes fut plus heureux; il captura, en effet, deux des frères Guilleri, mais le plus jeune réussit à s'échapper; enfin, le gouverneur de Niort attaqua Machecoul avec deux pièces de grosse artillerie, et mit fin à cette horde de bandits. (A. Lecler / A. Coville / E. Cosneau / M. Barroux / F. B.).

 

 

 

 

2 ème théorie

 

Cette expression viendrait elle d'une expression normande, qui est :" former des barbes "

explication:

v. intr. - former des barbes ou des gerbes

 Faire barbe de foin, de foirre, ou foarre, ou de paille, à quelqu'un , c'étoit l'insulter. (Oudin, Dict. et Cur. Fr. - Voy. Régnier, Satyre VI.) St Julien, dans ses Mélanges historiques, p. 108, prétend qu'il faut dire gerbe, au lieu de barbe. Cependant cette façon de parler est encore usitée en quelques endroits de la Normandie, où l'on dit : " Faire barbe de feurre à quelqu'un, pour le recevoir mal, l'accueillir froidement. Faire à Dieu barbe

"gerbe de feurre " c'est-à-dire donner à Dieu ce qu'on a de pis, une barbe d'épi, une gerbe qui n'a que la paille sans grain, quand on paye la dîme au curé. (Mousk. MS. p. 787.)

On dit proverbialement, Faire la gerbe de fouarre à Dieu, pour dire, Donner au Curé la plus meschante gerbe pour la dixme, celle où il n'y a que du fouarre, & peu de grain. On a dit autrefois Barbe, & par corruption, faire barbe de fouarre à Dieu.

Peut-être une relation aussi avec le cardère, qui à l'époque était cultivé dans notre région, et forcement celui qui le cultivait était mal vu ,quand il payait la dime avec !!!(voir cardère)

 

D'ailleurs ,on appel tasseor celui qui entasse les gerbes de la dîme,def:

Tasseor. [Celui qui entasse les gerbes de la dîme : " Se le veet le tasseor, Il le metteit à grant dolor, Il en voudroit avoir del vin. " (Cens. de Verson, V, 77.)]

"Il ne faut point faire barbe de fouarre à Dieu" : proverbe signifiant qu'il ne faut pas parler de Dieu avec irrévérence (le mot fouarre désignant la paille de céréales).

    Pour résumer cette expression à la même signification que  "la compagnie (à)tassel",que l'on employait à l'époque pour exprimer une "mauvaise compagnie".

3EME THEORIE:

le chardon

C'est en rapport avec le cardère(chardon) ,un proverbe raconte: "Aimable comme un chardon", se dit d'une personne désagréable et revêche. C'est un vrai chardon, qui s'y frotte s'y pique.

 

Mais à mon avis cela vient plutôt du laneur, c'est celui qui utilisait les chardons pour "laner" les draps, je m'explique;

le mot lanner est intéressant, car il veut dire brosser, déchirer, et un mot se rapproche de laner, c'est le "lanier".

il a deux significations: la première, il désigne la femelle du faucon, qui déchire ses proies, c'est intéressant car le mot tassel en vieil anglais désigne un faucon!!

la deuxième significations de lanier ou laner, veux dire un homme lâche, paresseux, ce qui correspondrait bien à cette définition de la compagnie Tassel.

Quelques définitions:

Lanner. [Apprêter, mettre en oeuvre la laine, aux Ord. VII, p. 514, an. 1402.]

Laneur. [Ouvrier en laine : " Robin Trebut povre varlet laneur de la ville d'Evreux. " (JJ. 140, p. 208, an. 1391.)]

Lanneur. [Ouvrier en laine : " Jaquemin Hermin de Nielle le Chastel, lanneur de draps, lequel lanneur requist. " (JJ. 112, p. 113, an. 1377.)]

Laner. [Lâche. (Voir LANIER) : Avare , mesquin ; lâche , poltron , lent , paresseux ; de lana- rius; oiseau de proie qui a peu de courage, et qui étoit moins estimé que le faucon.  " Car teus est povres qui a corages fers Et teuz est riches qui a le coeur laner. " (Gérard de Viane, dans Du Cange, t. IV, fol. 20 c.)]

LANIER (la-nié ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel, l's se lie : des la-nié-z excellents), s. m. Nom d'un oiseau de proie qui est la femelle du laneret, et qui était un oiseau de leurre dans la fauconnerie, faucon lanier, falco lanarius, SCHLEGEL. Quoique Belon dise que le lanier était de son temps naturel en France, il est presque sûr qu'on ne l'y trouve plus aujourd'hui, BUFF. Ois. t. I, p. 352.
Lanier cendré, le busard Saint-Martin ou busard soubuse (circus gallinaris, SAVIGNY).

2° Homme semblable au lanier, lâche, paresseux :

Laigner: se plaindre, murmurer, gronder(ici on retrouve la signification du mot en danois, suédois et norvegien "tissel och tassel"voir viking danois)

En patois normand le chardon à foulon se disait " CARDON-LANIER " !!!


HISTORIQUE.
XIIe s. Mal dehait ait ! je le taing por lanier [lâche] Le gentilhomme, quant il doit tornoier, à gentil dame quant se va conseiller, Raoul de C. 44.
XIIIe s. De la trahison faire [elle] ne fu mie laniere, Berte, XII. ....Pensée auroit laniere Qui [à] si bele pucele monstreroit laide chere, ib. XX.
XIVe s. Le lannier ne vole fors aux perdris et aucune fois au connin et au lievre, et non plus, Ménagier, III, 2.
XVe s. Lequel estoit trop coustumier En chambre natée, loing de rue, En lieu d'aultour et de lasnier, De tenir des garces en mue, COQUILLART, Enquête de la simple et de la rusée.

ÉTYMOLOGIE.
Provenç. lanier ; ital. laniere ; du lat. laniarius, qui déchire, de laniare, déchirer, à cause que cet oiseau déchire sa proie. Raynouard, au contraire, le tire de lana, laine. Le fait est que lanier avait pris le sens figuré de lâche, sens qui semble mal s'accommoder avec laniare, déchirer. Mais on peut dire que le lanier était un oiseau qui n'allait qu'à la perdrix et au lapin, et qui n'attaquait pas le héron ; circonstance qui le fit prendre pour le type du paresseux, du lâche.

 

 

 

 

 

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